Chillin’ with the bump

— Noémie Baudin pour Yep Land, Le 24 Novembre 2015 —


© Zo / Abcdrduson.com

Il est environ 18h40 quand j'arrive devant l'hôtel d'Orsey, lieu de rendez-vous pour ma rencontre avec le groupe Chill Bump. Le temps de fumer une clope, d'observer un mec bourré en face de moi criant des phrases sans aucun sens, et j'aperçois Bankal et Miscellaneous approcher dans ma direction. On se fait la bise puis on entre dans le hall de l'hôtel. Je crois que c'est à ce moment là que Miscellaneous m'adresse sa première phrase : “Tu bois de la bière ?”. En y réfléchissant, je pense que c'est une phrase parfaite pour une bonne entrée en matière. Et oui, du coup, j'ai tout de suite supposé : “Ça va… ils sont cool !”, ouais, parce que c'est cool de boire de la bière. Les Chill Bump me mènent jusqu'à un petit jardin derrière l'hôtel, on se prend des chaises, Bankal m'en installe une et me dit : “Tiens, toi, tu te mets là”. Nous sommes donc tous les trois assis, Miscellaneous nous a servit à boire et c'est ainsi que l'interview commence.

Cela fait déjà quelques temps que je m'intéresse à la ville de Tours et à ses artistes. J'ai donc envie d'en savoir plus sur ce véritable vivier de talents et, ça tombe bien, les Chill Bump sont de Tours (tout comme le Dj Atili Bandalero et le groupe TRFK). « Tours c'est une ville qui est très active sur le plan musical, avec pas mal de groupes qui tournent et d'autres qui tournent pas, mais en tout cas c'est vivant à ce niveau là. […] Il y a quelque chose à Tours, je sais pas pourquoi il y a pleins de musiciens mais c’est agréable de faire partie de ce cercle là » - Miscellaneous. Donc, d'accord, à Tours, il y a pleins d'artistes mais sinon, c'est comment la vie là bas ? “Ca se passe bien, sinon on serait parti depuis longtemps.” … Merci, Bankal pour cette réponse éclairante… Mais je suis mauvaise langue parce que Bankal ne s'arrête pas là, et met en avant les avantages et inconvénients de vivre dans une ville de la taille de Tours. Parmi les avantages : le fait d'habiter proche l'un de l'autre, un avantage pratique puisque cela leur permet de se retrouver facilement pour travailler. Et comme inconvénient, Bankal met le doigt sur un problème de structures, trop peu nombreuses pour accueillir la multitude d'artistes présents à Tours.

“C'est joli aussi, en tout cas il y a certains coins de Tours qui sont jolis, y a deux fleuves qui passent par là, y a un vieux quartier qui vaut le coup vraiment d'être vu, y a beaucoup de bars.” - Miscellaneous.

Quand je leur demande d’évoquer le public indien, public qu’ils ont pu découvrir lors de leur tournée en Inde (du 18 au 26 Septembre 2015). Le terme qui ressort, c’est « timide ». Timide dans le sens ou, selon Bankal, ce n'est pas un pays avec une grande culture du concert. “Du coup, il y a un peu un côté : Si mon voisin il va pas gueuler, moi je vais pas oser le faire”. Et là, je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle avec le public français et notamment avec celui présent le 10 Octobre 2015 à Toulouse, où j’ai pu voir jouer les Chill Bump le soir de l’interview. En effet, ce public n’avait rien de timide, et pour ce qui est de : “si mon voisin gueule pas, moi je vais pas oser le faire”, il aurait fallu que je prenne une vidéo pour prouver à quel point cela ne s’appliquait pas ce soir là (l’alcool n’y étant certainement pas pour rien). Mais outre son côté “timide”, comme le dit Miscellaneous, le public Indien n'attend qu'une chose : exploser. Et c'est cette volonté d'explosion, mais également une bonne compréhension de l'anglais, qui a permis aux Chill Bump de passer de bons moments d'interaction avec un public attentif et réceptif.


© Pascal Montary

C'est un public qui comprend un peu plus l'anglais aussi, donc on sentait qu'il y avait, dans l'interaction avec les paroles, des choses qui se passaient, des rires ou voilà, des réactions quoi !” - Miscellaneous

Cette tournée indienne a été également le marqueur d'un bel accomplissement pour l'un des morceaux du groupe, qui finalement peut-être, se sera trouvé au bon endroit, au bon moment :
L'Inde c'est tellement bondé de monde partout en ville, dans des villes que nous on appellerait des métropoles, pour eux c'est des villes. En fait il y a un morceau qu'on a fait, qui s'appelle "Snip Snip”, qui parle de la castration de la race humaine (Parce qu’il y a trop de monde sur la planète et qu'elle en souffre). Du coup, de voir les indiens réagir, apprécier ce morceaux et même le demander en rappel, j’ai l’impression que c’est un peu un accomplissement, comme si ce morceau avait été fait pour ça, il est arrivé au bon endroit. Ce morceau peut mourir tranquille.“ - Miscellaneous.

Les Chill Bump font parti de ces artistes qui s'auto-produisent, ce qui leur permet d'être "maître de ce qu'on fait du début à la fin, et puis on le fait au rythme qu'on veut.” - Bankal. Pour eux, avoir quelqu'un qui injecte de l'argent et qui gère toute la partie communication, c'est bien, mais pas question de renoncer à la liberté de créer ce qu'ils veulent, quand ils le veulent. Faut pas déconner quand même.

“Mais le jour où il y a une maison de disques, une équipe qui veut bosser avec nous et qui nous dit « Vous faites exactement la musique que vous voulez, nous on s’occupe du reste », là c’est royal. Là… pourquoi pas.” - Bankal

Auto-produits, oui, mais pas tout seuls pour autant. Le groupe est bien entouré puisqu'il peut compter sur un éditeur, un distributeur physique et digital, et un manager. “Nous on a toujours étés soutenus, on a de la chance”- Bankal.

Bon, et comment vous vous débrouillez pour travailler ? Et dans quelle ambiance ? “Jusqu’à présent - il y a eu des exceptions - mais souvent Bankal va pondre une boucle et il va me la faire écouter, ou me l’envoyer. Je vais écrire chez moi et ensuite, à partir du moment où on s’est mis d’accord un peu sur tout ça, on se retrouve tous les deux pour enregistrer. Vraiment mettre en place le morceau, le structurer, rejouer des lignes de basse, amener le morceau à terme. Mais là, ça nous est déjà arrivé de créer des trucs de A à Z tous les deux, et l’idée c’est qu’on aimerait bien faire ça un peu plus souvent.” - Miscellaneous. L'idée ce serait de travailler à deux et non plus chacun de son côté pour, comme le dit Bankal : “Essayer de créer une espèce de… comment on dit ?”. Ah ben non, en fait, il le dit pas. Sans rigoler, je crois qu'on a dû passer 5 bonnes minutes à essayer de trouver ce mot… que nous avions tous sur le bout de la langue… sans succès.

Bon, passons. L'enregistrement de leurs morceaux se fait dans l'appartement de Bankal, où il a installé un home studio et pour l'instant, les Chill Bump sont satisfaits de ce qui en sort. Ils n'ont d'ailleurs jamais enregistré dans un “vrai” studio (hum… disons plutôt “studio professionnel”) : “On a jamais loué de studio avec Chill Bump. Mais je pense que ça nous conviendrait pas, parce que c’est vraiment le genre : t’arrives à 8h, t’as loué la journée jusqu’à 19h et si t’as pas fini… On aime bien avoir du recul sur ce qu’on fait, laisser passer une semaine et y revenir après.” - Bankal.
C'est donc dans une ambiance décontractée que Bankal et Miscellaneous aiment travailler, une “ambiance décontractée mais en même temps un peu studieuse” - Bankal.

Avant l'interview, j'ai bossé un peu (si, si, je vous jure !) en me renseignant sur le groupe. Et j'ai appris leurs collaborations avec les artistes Wax Taylor et C2C.
“C2C on les a vu sur quelques dates, on a fait leurs premières parties, on a eu cette chance. Mais avec Wax Taylor, on a plus approfondi, c’est plus devenu un collègue en fait, c’est quelqu’un qui nous aide dans l’édition.” - Miscellaneous. Et Bankal de rajouter “C’est pas qu’il nous aide, c’est qu’il est devenu notre co-éditeur”. Avec C2C, leurs relations sont restées plutôt distantes. Même si 20syl (l'un des membres de C2C) leur a adressé un tweet, dans lequel il invitait Chill Bump à faire un remix du morceau “Happy”, dans le cadre d'un concours. Ce remix leur a valu la deuxième place, c'était tout de même un joli coup de pouce auquel ils ne s'attendaient pas.

Mais d'autres musiciens jouent un rôle important dans la vie du groupe, c'est le cas de Chinese Man : “Mais avec eux, c'est plus le côté humain, le rapport musicien/musicien, qu’est cool. Justement, on va faire deux Trianon ensemble. Pas en première partie mais avec eux sur scène, donc ça fait plaisir d’être intégré à cette famille.” - Miscellaneous. (Bon alors là, je suis obligée d'apporter une petite précision : les concerts au Trianon, c'est passé. Ouais, je sais… désolée !).

“C’est quand même des mecs qui se sont faits tout seuls… hein ! Et qui continuent de faire ça dans leur coin, mais à grande échelle, donc c’est cool d’un point de vue professionnel.” - Bankal

Tiens, et si je terminais cet article avec une question qui a beaucoup inspirée le groupe : “Si vous n'aviez pas fait de musique, vers quoi vous seriez-vous tournés ?”. Ah… ben non en fait, elle les a pas inspiré du tout cette question. Après un (long) moment de réflexion, j'obtiens finalement des réponses : Bankal est frustré de “ne pas être doué pour l'image”, faire de la vidéo est quelque chose qui le brancherait bien. Mais finalement, c'est Miscellaneous qui met tout le monde d'accord avec sa réponse : “Oh si, je sais ce qu’on aurait aimé tous les deux faire. Si tu travailles pour le Guide du Routard, tu vas partout, partout, partout et tu manges, tu essayes tout : "Oh ça c’est bon, ça c’est pas bon"… C’est quand même trop cool ça comme boulot. Enfin moi… ouais, je travaillerais bien pour le Routard. Sinon rien ! (… rires !)”

Mais c'est que c'est un enchaînement parfait ça. Restons dans le thème de la nourriture avec la première question de notre Yep Land interview.

 The Yep Land interview

• Qu'est-ce que vous mangez au petit déjeuner ?

Bankal : Alors en ce moment, je sais pas pourquoi mais je fais une obsession sur le Muesli nature, dans les magasins bio, un truc ça s’appelle « Crunchy ». C’est exceptionnel et avec du lait de soja et ben je n’arrête pas d’en manger. Sinon, quand je suis « raisonnable », c’est une tranche de jambon, des œufs durs, des fruits. Classique quoi.

Miscellaneous : Ouais alors moi en ce moment, je mange pas grand chose, parce que j’ai ramené un copain parasite d’Inde dans mon bide. Sinon, en temps normal, en bon anglais qui se respecte, je me force à bien manger le matin. Des œufs, pamplemousse, des fois je met de la viande avec, ça dépend. Ouais une tranche de pain, pain complet, c’est bien. Et souvent un café… ou en ce moment plutôt un thé (…rire).

• Si on vous donnait une machine à remonter le temps, où voudriez-vous aller ?

Miscellaneous : Dans les années 60, aux États Unis, avec tous les Hippies, les mouvements un peu chelou avec les communistes tout ça, ça devait être intéressant. Les années 20 aussi, juste histoire de voir un peu que tout le monde est bien habillé, ça c’est bien ça.

Bankal : Moi j’irais voir Jésus, pour voir si c’était un mec aussi bien que ce qu’on raconte.

Miscellaneous : Pas con.

Bankal : Tu le questionnes, tu le testes. Tu sais, tu révises bien son bouquin avant et tu vas le voir.

Miscellaneous : Ouais, et tout le monde dit la même chose mais moi j’irais voir Hitler tu vois, lui faire des blagues juste pour savoir s'il rigole un peu… quoi.

• De quel personnage imaginaire vous sentez-vous le plus proche ?

Bankal : Moi j’aime bien Gaston Lagaffe, son côté paresseux. Qui a jamais rien envie de faire, en tout cas pas envie de bosser, parce qu'il fait pleins de trucs finalement, mais tout sauf bosser.

Miscellaneous : Moi je suis où est Charlie. (…rires) Et Charlie, qui a un nom différent dans tous les pays d'ailleurs, c’est bizarre hein ? Waldo aux Etats-Unis, Wally en Angleterre.

Bankal : Ah ouais même Angleterre/Etats-Unis, c’est pas le même nom !

• Quelle est l'anecdote la plus dingue qui vous soit arrivée ?

Bankal : Et ben… Tu vois c’est sur ce genre de questions que je me rends compte que ma vie : elle est cool.

Miscellaneous : Mais si y en a forcément… Ha ouais, le coup du vert, c’est pas mal. À chaque fois qu’on porte du vert sur scène on a une couille. C’est lié au théâtre, où les gens pensent que porter du vert sur scène ça porte malheur. Et ben à chaque fois qu’on porte du vert, il nous arrive un truc. Même quand Bankal il porte des chaussettes vertes, il se passe un truc quoi, une coupure de courant, un truc qui marche pas, les retours qui sont inversés… Et une fois, j’ai voulu prouver à Bankal qu'il n'y avait rien à craindre du vert, du coup je portais une chemise verte ou un haut vert, je sais plus. Et en fait, ça a été horrible… toute la première partie du concert c’était de la merde. Je suis sorti de scène en plein milieu, (c’est ce que je fais toujours) et je reviens un peu plus tard, je le laisse tout seul. Et quand je suis revenu, j’avais changé de haut, donc la deuxième partie du concert s'est très bien passée… on a bien rigolé du coup !

Bankal : Tu te demandes s'il y a vraiment un truc ? Ou si c’est parce que toi, tu sais que quand tu portes du vert, ça va pas ?

Miscellaneous : Ouais, je pense que y a de ça aussi.

Bankal : Mais là, vraiment c’était un truc technique qui s’est passé, indépendant de notre volonté.

Miscellaneous : Après on fait une fixette dessus…



Pour plus d'infos et d'actus

Website

Twitter

Facebook

SoundCloud

 
4
Kudos
 
4
Kudos

Now read this

On the road to Mexico with Atili Bandalero

— Noémie Baudin pour Yep Land, Le 8 décembre 2015 — L'année dernière, Atili Bandalero est parti au Mexique, une tournée que Yep Land n'a suivi que de loin, par le biais des réseaux sociaux. Une tournée au Mexique… c'est pas rien quand... Continue →