Ghilou Bwoy

— Noémie Baudin pour Yep! Land, Le 23 Janvier 2016 —

Il n'y a pas très longtemps, j'ai réalisé ma première interview en FaceTime.
Le contact avec les artistes étant de plus en plus important pour la construction de mes articles, j'ai donc choisi de stopper les interviews par mail. Cette solution de facilité où tu envoies des questions par messagerie, l'artiste te répond et toi tu fais un joli copié/collé du tout sur ton blog. Rien que d'y repenser… Bref, c'est bien beau tout ça, mais c'est pas toujours évident de se déplacer quand les artistes sont loin, comment je fais ?
Et bien, c'est pour cela que j'ai tenté l'expérience du FaceTime. Au moins là, tu vois l'artiste bouger, tu entends sa voix et il se passe quelque chose, un peu comme une vraie rencontre.

C'est donc ainsi que j'ai passé un bon moment à discuter avec le trompettiste Ghilou Bwoy. Bien sûr, cette première expérience n'a pas été sans difficultés. Il nous a fallu surmonter les nombreux problèmes de connexion : ceux qui font que l'image se bloque (au moment ou tu fais des têtes bizarres en plus), que la voix saccade et que tout à coup, tu te retrouves à parler à un écran noir et sans vie… Alors, pour parer à ces problèmes, Ghilou Bwoy a pas mal bougé, de manière à se rapprocher le plus possible de sa box internet, pour finalement se retrouver… dans son garage, où il faisait froid.


© Bib Apalula

Comme la majorité des artistes Ghilou Bwoy a parcouru du chemin, il s'est formé, a vécu des expériences, fait des rencontres… C'est ce qui l'a construit et fait de lui, l'artiste qu'il est aujourd'hui. Alors, quand je lui demande de me parler de son parcours musical, l'adjectif qu'il me donne c'est “montagneux”. “Quand j'ai commencé, j'ai eu certaines facilités et puis, après, j'ai été mis face à la difficulté. Donc du coup, ça redescendait”. Ascenseur émotionnel, ça vous dit quelque chose ? Bah oui… parce que c'est ça, tu commences quelque chose et puis… ça marche, donc c'est cool. Ça commence à s'emballer (ben oui, ça marche !) et là, arrive la difficulté. Alors face à la difficulté, il y a ceux qui se disent : “Bof, c'est pas grave, j'devais pas être fais pour ça” et il y a ceux qui s'accrochent. Je vous laisse déduire où se situe Ghilou Bwoy là dedans ;). Surtout que la trompette n'est pas un instrument facile : “Apprendre à jouer de la trompette c'est vraiment pas évident. Du coup, il m'a fallu passer par plein de profs et d'intervenants, aussi bien dans la pratique de mon instrument, que dans ma culture musicale.”. En plus d'être difficile à apprendre, une fois la technique de la trompette acquise, et bien ce n'est pas fini. Et non, parce que c'est un instrument qui se travaille au quotidien, si on ne veut pas perdre la main… Vous l'aurez donc compris, la trompette : difficile d'apprendre à en jouer tout seul. C'est pour cette raison que Ghilou Bwoy est passé d'abord par des écoles de musiques municipales, pour ensuite entrer au conservatoire.

Une fois l'instrument maîtrisé, l'apprentissage ne s'arrête pas là. Mais on parlera plutôt alors, de création d'identité musicale. C'est dans des groupes de reggae et de jazz que Ghilou Bwoy a vécu ses premières expériences en tant que musicien, apprenant ce que c'est que de jouer en groupe. Être à l'écoute des autres, composer avec le niveau et les goûts de chacun : “J'ai intégré un groupe de jazz ce qui m'a permis de travailler vraiment le mode groupe. Et puis jouer avec des gens qui avaient différents niveaux : aussi bien des gens autodidactes que des gens du conservatoire.”

Après ces différentes expériences, il semble que le trompettiste a trouvé le groupe qui lui correspond. “Avec Samskara, j'ai commencé vraiment à m'épanouir et à rencontrer du monde dans le milieu du reggae.
Des personnalités on va dire (Danakil, Pierrepoljak, Israel Vibration, etc…). C'est avec ce groupe que j'ai commencé à faire de la grosse scène et ça m'a beaucoup plu.”
.

Donc je vous ai présenté Ghilou Bwoy en tant qu'artiste compositeur, musicien et interprète mais il faut savoir qu'il ne s'arrête pas là ! Et ben non… parce qu'il a également son propre studio d'enregistrement. Pour résumer, Ghilou Bwoy est un riddim maker, doublé d'un ingénieur son (rien que ça). “Dans mon studio, en tant que compositeur, j'ai composé près d'une quinzaine de riddims finis (c'est à dire jusqu'à la production, masterisé, produit fini quoi).”. Pour Ghilou Bwoy, la musique c'est sa passion, il n'en vit pas et subvient à ses besoins avec un métier “alimentaire”. Pas question alors de se prendre la tête avec des contrats et autres contraintes de temps et d'argent. Dans son studio, le seul contrat qui tienne, c'est de faire ce que l'on aime en toute liberté : “Juste pour le plaisir de la musique”.

Parmi les (nombreux) artistes passés par ce studio, on peut noter : Gully Gal, Djamatik, Imanytree, Thibault du groupe Willigens (guitariste de K2r riddim à l'origine), Akugasasy, Colonel Maxwell… Et bien sûr : Don Camilo et Joseph Cotton. “Joseph Cotton vient travailler énormément avec moi. Dès qu'il a un titre à enregistrer, ou quelqu'un… une chanteuse ou un chanteur à faire poser bah… il vient dans mon studio. Parce qu'il aime ma façon de travailler, la rapidité puis l'efficacité. Du coup, il a prit vraiment goût à travailler avec moi et c'est pour ça qu'on se voit très souvent.”.

Pour terminer, j'ai demandé à Ghilou Bwoy de me parler de sa relation avec le label Brigante Records, label que j'apprécie particulièrement. Son histoire avec “la Brigante” a débuté par sa rencontre avec le Dj, chanteur Don Camilo. Une rencontre musicale tout d'abord : Camilo a remarqué Ghilou Bwoy lors d'un soundsystem parisien, alors qu'il improvisait sur des riddims.
Don Camilo rapidement a fait le lien avec Biga Ranx (qui est à l'origine de Brigante Records). “À une Brigante Party sur Paris, je suis arrivé sur scène avec Camilo, qui a pris le micro direct. Après sa session, Biga a repris le micro et puis là du coup… il me voit. Donc il me demande comment je m'appelle devant tout le monde. Il me présente et là c'est parti. Il me tient le micro à la main, parce que j'avais pas de pied de micro, j'avais rien du tout, c'était improvisé. Du coup, je joue devant tout le monde, les gens étaient emballés, ils ont bien kiffés. J'ai du jouer quoi… 5 minutes mais voilà : c'était ma petite présentation.”. Depuis, Ghilou Bwoy participe à de nombreuses Brigante Party et a organisé récemment celle de l'Obersvatoire à Paris. “Je m'entends super bien avec tout le monde et ils sont très gentils. Surtout, il y a un truc qui me marque, c'est qu'ils sont tous, simples, ils ne se vantent pas et ils y arrivent, c'est tout. Ils travaillent et ça le fait.”

“J'aime bien toucher un peu à tout. Et je pense qu'on peut mettre n'importe quel instrument sur tout type de musique. Donc partant de là, la trompette n'a pas de limite.”

 The Yep! interview

• Si tu avais un pouvoir magique, qu'est-ce que ce serait, et qu'est-ce que tu en ferais ?

“Ce serait de semer du bonheur un petit peu partout dans le monde et pouvoir rendre les gens heureux.”

• Selon ton entourage, tu as la réputation d'être assez….

“Je vais parler pour mon groupe Samskara : ils me voient comme quelqu'un qui sait ce qu'il veut, et qui tire les gens vers le haut. Et dans le groupe, justement y a plusieurs personnes qui sont comme ça. Donc je pense que ça va bien tirer le groupe vers le haut !”

• Une journée de merde, c'est quoi pour toi ?

“Une journée de merde ? Bah… une journée de boulot. (…rires !)”

• As-tu une anecdote marquante à nous partager ?

“J'ai fait une soirée dans un café concert sur Paris avec Don Camilo. Nous animions, lui aux platines et moi à la trompette, et là… Manu Tchao rentre dans le café pour écouter et regarder le show. Une fois que j'ai fini de jouer, il m'attrape et me dit qu'il aime beaucoup ma vibe, et m'encourage à continuer… Quel moment pour moi !!”

En février Ghilou Bwoy sortira un clip avec Don Camilo, Yep! Land vous en donnera des nouvelles. En attendant, Ghilou Bwoy vous propose de regarder ce clip de Samskara, réalisé par G & M artistes

“J'ai l'intention de former un orchestre symphonique avec 12 violons et 3 joueurs de harpe et nous peindrons des tableaux de l'univers.”
— Jimi Hendrix


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