Kid Wise ou la purgation des passions

— Mélanie Druelle & Noémie Baudin, le 23 juin 2014 —

Léo & Augustin & Vincent & Clément. (© Noémie Baudin)

Yep Land s'est entretenu avec le groupe Kid Wise, après leur concert au Connexion à Toulouse lors de la Fête de la Musique.

“Quand on est allé au Pays Basque, on a commencé à jouer et les gens se sont mis à faire la chenille ! Et un mec nous a dit à la fin que si il n'avait pas fait la chenille, c'est que c'était un concert de merde. Donc voilà, c'était un super concert !”

• Kid Wise, qui êtes-vous ?

Augustin : “Le projet s'est fondé il y a deux ans, à la base c'était mon projet solo. Et ensuite par envie de faire des concerts j'ai trouvé des acolytes divers et variés. Aujourd'hui nous sommes six, donc on est un groupe à part entière : deux guitares, une batterie, plusieurs claviers, du violon, du chant et une basse. On vient d'enregistrer notre premier album, qui sortira prochainement et nous avons pleins de festivals prévu cet été.”

• Oui, nous avons vu et notamment Garorock, non ?

Clément : “Ouais, ça sera le plus gros concert de notre vie et de tous les concerts qu'on va avoir cet été parce qu'en fait, sans nous prévenir, ils nous ont mis sur la plus grosse scène. C'est à dire qu'au départ on devait être sur la petite scène des découvertes devant, je sais pas, 3000/4000 personnes…”

Vincent : “Non, c'était 15000 hein !”

Clément : “Ah ouais… 15000 quand même ! Je l'ai appris en allant voir la programmation sur Internet ! Les autres m'ont vu arriver avec des grands yeux, je leur ai dis "Les gars, vous savez quoi ? On joue sur la scène de la plaine !”, là où joue Phoenix la veille. Donc on va jouer le set de ce soir, c'était une espèce de répétition générale.“

• Et ça vous fait peur de vous produire sur une aussi grande scène ?

Tous: "Ouais, carrément !!!”

Vincent: “Je prend des cachets pour dormir (…rires !). C'est pas une blague, c'est pour de vrai !”

Extrait du concert au Connexion Café le 21 juin 2014. © Noémie Baudin

• Ça vous fait ça à chaque scène ou juste pour celle-là ?

Vincent: “Non, juste là.”

Augustin: “C'est vrai que le groupe a assez peu de concerts à son actif. Ça fait longtemps qu'on fait de la musique, mais avec Kid Wise ce soir c'était notre 15ème concert, un truc comme ça. On a tous fait des salles Toulousaines ou Parisiennes mais on est jamais sorti de France. On a fait des scènes de à peu près 300 personnes et, récemment le Weekend des Curiosités c'était notre première grosse scène à 3000 personnes. Mais là on va quintupler le score, on va passer à 40000 personnes sur une grande scène ! C'est à la fois hyper excitant et effrayant, mais on va le prendre comme une bonne expérience.”

• Pour vous, quel serait l'idéal pour le groupe ?

Clément: “Ah… l'idéal, ça c'est une bonne question. Parce que la question : "Où vous-vous voyez dans quelques années ?” c'est ce que tout le monde demande à chaque interview. Quand tu fais de la musique et que tu vois le monde dans lequel tu vis aujourd'hui, t'es absolument incapable de répondre à cette question.“

Vincent: "Ouais voilà, mais l'idéal ça serait de remplir le Bikini ici !”

Augustin: “C'est peut être pas vraiment un idéal, mais c'est vraiment un énorme objectif. On aime pas du tout se projeter. C'est impossible quand t'es autant focalisé au jour le jour dans le travail, tu ne peux pas avoir une vision sur la durée. Donc, on veut juste continuer à s'aimer tous les six, à faire ce que l'on aime et donner le meilleur de nous.”

Clément: “Et l'idéal aussi, c'est de réussir à transmettre des émotions, à sentir que les gens viennent nous voir pas forcément que pour danser. Mais qu'ils écoutent notre musique et éventuellement la comprenne à leur manière, qu'ils vivent des histoires dessus. Et qu'on puisse continuer à toucher, à avoir un public qui nous permet d'être complètement libres, indépendants et faire ce qu'on a envie de faire. Voilà, en gros.”

Vincent: “En gros.. En 14 points quoi !” (…rires !)

• Est-ce que vous avez des influences musicales ?

Clément: “C'est peut être relié à des influences, mais à la base la démarche elle, est un peu éthique. C'est-à-dire : "Pourquoi tu fais de la musique, est-ce que c'est pour faire danser les gens ? Pour plaire aux gens ? Pour les divertir ? Pour les faire vomir ? (ça existe hein)”. Nous notre démarche est dans l'esthétique, un peu symboliste, dans le sens où ce sont des symboles. Les textes sont un peu abstraits donc tu peux imaginer ce que tu veux. Romantique aussi, parce que c'est l'expression un peu exacerbée de certains sentiments. Et surtout existentialiste, parce qu'on considère que la musique c'est un biais pour exprimer tout ce que tu ne peux pas exprimer avec des mots. C'est une communication directe de sensibilité à sensibilité, ce sont juste des sons et des vibrations qui vont parfois toucher et provoquer des réactions différentes. Nous la musique c'est comme une purge, c'est comme la purgation des passions.“

Vincent: "Personnellement, et je pense que Augustin c'est pareil, quand on a vu Sigur Rós à Rock en Seine il y a deux ans et au Bikini juste après, on a prit une claque émotionnelle fantastique. On était totalement sobre, on avait rien bu.”

Clément: “T'es une rock star… "Ouais c'est ce soir là, on avait rien bu du tout !” (…rires !)

Vincent: “Non, mais c'est qu'en fait, quand tu regardes des concerts et que t'es complètement soûl, tu ressens des choses pas forcément de la même manière, voilà quoi…”

Augustin: “Ça c'est notre idéal de life. C'est-à-dire des concerts comme Sigur Rós ou Radiohead aussi. C'est pas des concerts pour l'amusement ou la danse. C'est vraiment des expériences à vivre, aussi bonnes que mauvaises, et dans le public tu vois des gens qui ont mal, parce que ça leur rappelle des mauvais souvenirs. Des gens qui pleurent ou des gens qui ont un super sourire et nous, c'est vraiment ce qu'on cherche à faire en tout cas. De mêler toutes les couleurs différentes, des harmonies différentes.”

Clément: “Après pour citer d'autres personnes, des concerts qui nous ont aussi foutu des baffes c'est Volcano Choir, le projet de Justin Vernon l'ancien leader de Bon Iver. Au niveau grosse baffe récente, il y a eu Nils Frahm un pianiste allemand qui travaille sur la musique électronique ultra minimaliste, inspiré par des compositeurs américains comme Steve Reich.”

Vincent: “Moi j'ai vu la tournée de The Voice aussi ! C'était terrible.” (…rires !). “Désolé Clément de t'avoir coupé la parole, c'était juste un peu d'humour !” (…rires !).

• Ça a l'air de bien marcher entre vous, vous êtes quand même nombreux, c'est pas un peu difficile à gérer quand même des fois ?

Augustin: “Ah si, c'est super compliqué ! Surtout qu'on est vraiment des gosses pas du tout matures”.

Vincent: “Le plus vieux du groupe est contradictoire, parce qu'il est aussi le plus jeune dans sa tête ! C'est celui qu'on arrive le moins à gérer quand même. Y a des moments où on est là : "Il est où ?!”

Clément: “Il parle avec sa copine alors qu'on est à deux doigts de monter sur scène. C'est ce qui s'est passé tout à l'heure ! On montait sur scène, il était là dehors en train de discuter avec des gens. (…rires !)
Une vraie colonie de vacances quoi ! Et puis des fois aussi c'est difficile de dire : "Ok les gars, maintenant on travaille, plus un mot”. Parce que forcément on est extrêmement cons, donc il y a tout le temps des vannes qui reviennent.
Et aussi quand on est six garçons dans un van, ça devient du grand n'importe quoi. Mais l'avantage c'est qu'on se marre énormément.“

Vincent: "Peut être trop !”

Clément: “Peut être trop parfois, et pour illustrer ça, il y a Théo qui déteste les interviews. Donc vous n'entendrez jamais le son de sa voix (…rires !). Mais une fois il avait dit : "Putain les gars, j'ai l'impression qu'on devient de plus en plus cons, j'ai l'impression qu'il y a un fossé en train de se creuser entre le "Kid” et le “Wise” Voilà.“(…rires !)

Augustin: "Ce qui est super dur dans le fait qu'on soit tous les six, c'est qu'on est passé du stade d'un groupe de potes qui fait de la musique, à un truc professionnel. Donc il faut arrêter la déconnade et, se dire bon
maintenant on travaille parce que c'est notre taff. C'est pour gagner notre vie à la fois. Alors il faut passer de la déconnade et de l'amitié au professionnel, tout en gardant des sentiments, c'est très compliqué à lier. Mais c'est un beau challenge.”


Graphisme © Anton Gret

• En parlant de sentiments, comment en tant que groupe vivez-vous les relations de couple ? Est-ce que c'est possible ?

Vincent: “C'est possible, c'est extrêmement possible. Tous les trois on est en couple.”

Augustin: “Après, le conseil à donner c'est de ne jamais emmener une fille en tournée. Pas pour les raisons du genre : "Rock Stars” qui couchent tous les soirs, parce que c'est faux. Les groupes ne couchent jamais tous les soirs. Non, c'est surtout qu'elles auraient peur de nous dans le van ! On a besoin de ce côté complètement puéril masculin.“

Clément: "Après c'est compliqué à vivre au jour le jour. Mais en même temps si ta copine t'aime, il y a des discussions à avoir. Elle peut comprendre ces choses là et te faire confiance aussi. C'est difficile, parfois il y a des tensions, mais oui c'est possible.”

Augustin : “Et moi vous pouvez lui demander, elle est juste derrière.”

Twitter
Facebook
Website

 
8
Kudos
 
8
Kudos

Now read this

TOTEM : Embrace the bear

— Chloé Danton, le 3 septembre 2014 — Design par Zakuuko Shirokami Lugan • Racontez moi votre rencontre avec la musique et ce qui a fait qu’un jour vous avez décidé de vous investir pleinement ? Stelio : Je vais commencer parce que c’est... Continue →